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Avec 24 Hour Party People, présenté samedi en compétition à Cannes, l'anglais Michael Winterbottom propose un voyage au coeur de la scène rock de Manchester dans les années 80, un des chapitres les plus créatifs de la culture pop contemporaine.
Âgé de 41 ans, Winterbottom - pour la troisième fois en compétition à Cannes - appartient à cette génération qui n'avait cure des Beatles, Stones et Dylan idoles de leurs aînés. Même David Bowie ne trouve pas grâce aux yeux de cette génération à qui la musique a été révélée par la découverte des Sex Pistols un beau jour de 1976. Johnny Rotten et ses camarades apportent la preuve qu'il n'est nul besoin de savoir jouer d'un instrument pour prétendre monter sur une scène.
Des dizaines de formations font irruption, bousculant sans ménagement les baronnies du rock pour réintroduire les notions d'irrévérence, de romantisme et de violence qui font depuis toujours vibrer le coeur du rock. Les Buzzcoks, Joy Division, Duritti Column, A Certain Ratio... Tous ces musiciens ont un point commun: ils viennent de Manchester, ville industrielle qui, dans les années 80, occupe une place comparable à celle de Liverpool, patrie des Beatles, deux décennies plus tôt.
Les Beatles avaient eu comme manager George Epstein, fils d'un commerçant en équipement électronique. Joy Division -qui laissera la place ensuite à New Order- et les Happy Mondays, auront Tony Wilson. Le personnage est flamboyant. Journaliste à la télévision, ce dandy cultivé cite Yeats et les situationnistes dans le texte. Poseur, mais doté d'une foi et d'un amour incontestables pour la musique et l'art en général, il a été une influence essentielle de la culture rock de cette fin de XXe siècle.
C'est à travers lui (incarné à l'écran par Steve Coogan) que Michael Winterbottom raconte la saga de Madchester, en mettant étroitement la forme de son film au diapason de son sujet : caméra portée, images saturées...
Disciple de Andy Warhol, c'est en hommage à l'apôtre du pop art que Wilson crée au début des années 80 le label Factory. La maison de disques révélera Joy Division et son avatar New Order, le groupe qui porte en germe la techno, bientôt appelée à rythmer les nuits des fous de musique. Wilson lance ensuite l'Hacienda, temple des nuits folles de Manchester, un endroit où la drogue coule à flots et où les dealers font office de portiers. Il prendra enfin en mains les destinées du groupe le plus extrême du lot, les Happy Mondays, qui dilapideront le budget complet de l'enregistrement d'un album aux Barbades pour satisfaire leurs besoins opiacés.
Homme de coups, mais pas homme d'affaires, Wilson se comportera toujours en hédoniste. Son sens approximatif des affaires le mènera à la faillite. Les drogues font le reste. La fête sans fin s'arrête. L'Hacienda a été démolie il y a quelques mois. Quant au label Factory, il a été racheté par une multinationale. La folle épopée a laissé quelques victimes sur le chemin : Ian Curtis, chanteur de Joy Division (suicide), le producteur Martin Hannett (emporté par une crise cardiaque à la quarantaine)... Anthony Wilson poursuit sa carrière à la télévision. Comment juge-t-il ce «rockumentaire»? «Il n'est pas historiquement exact mais la vérité psychologique y est», dit-il.