Remerciement à mon collègue de travail (qui est Français) d'avoir trouvé ceci:
La beauté intacte des classiques de New Order LE MONDE | 12.11.01 | 12h21
FESTIVAL LES INROCK. Experience, Hawksley Workman, The Music, New Order, le 11 novembre, Olympia, Paris. Prochains concerts : à Paris et Toulouse, les 12 et 13 novembre. Internet : www.lesinrocks.com/
Jamais, en treize ans d'existence, le Festival desInrockuptibles ne s'était offert de tête d'affiche aussi prestigieuse que New Order. L'événement était tel que le groupe de Manchester était programmé deux soirs de suite, les 11 et 12 novembre, à l'Olympia. Au petit jeu dévalorisant des "premières parties", c'est le Canadien Hawksley Workman qui s'en tira le mieux, par un talent de showman inspiré par le cabaret, les ballades extraverties et la décadence du glam rock.
Mais les désirs de la foule tendaient tous vers ce groupe anglais absent des scènes parisiennes depuis décembre 1987. A l'époque, New Order traînait une réputation de groupe erratique en concert. De leurs origines punk, ils avaient gardé une conception provocatrice et anarchique de la performance scénique. Un nouvel album, Get Ready, leur premier depuis huit ans, a prouvé que loin de n'être qu'une légende tirée de la naphtaline, le quatuor mancunien respirait à pleins poumons.
Cette gourmandise collective est palpable dès Crystal, rampe de lancement et récent single. Son imposant, énergie électrique, alchimie préservée entre les émouvantes cavalcades du bassiste Peter Hook, les frappes rectilignes du batteur Stephen Morris et l'éternel spleen adolescent du chanteur-guitariste Bernard Sumner.
New Order propulse ses chansons en véritable groupe de rock, sensible à la culture de gang. Tendance accentuée aujourd'hui par l'envie de délaisser les machines au profit des guitares. Retenue à Manchester, l'habituelle clavier Gillian Gilbert a été remplacée par un garçon plus souvent à la six cordes que derrière ses synthétiseurs. Avec plus de conviction que de nostalgie morbide, ces précurseurs des mariages entre romantisme rock et nouvelles musiques de danse reprennent des titres du temps où le groupe s'appelait encore Joy Division jusqu'au suicide de son chanteur, Ian Curtis.
La voix tendue de ce dernier tirait vers l'épilepsie ; le timbre fragile de Sumner décore de fleurs bleues la noirceur de Transmission, Atmosphere ou du bouleversant Love Will Tear Us Apart. Même beauté intacte pour les premiers classiques de New Order, Ceremony, Your Silent Face et Temptation. Mené par un Peter Hook jouant toujours de sa basse à hauteur de genoux, 60 Miles An Hour, tiré du dernier album, est digne de ce glorieux passé. La locomotive déraille parfois dans l'approximation. Même dédié à "Eric Cantona, qui fut un footballeur génial dans le plus grand club du monde, Manchester United", Touched By The Hand of God demeure l'un des plus faibles singles du groupe. Hook lance des vannes avec un accent aussi épais que le brouillard du Lancashire, Sumner plaisante de ses changements de guitare. Dans un concert plutôt avare en électronique, c'est le séminal Blue Monday, pierre de touche d'une génération "ecstasiée", qui clôturera la soirée.
Stéphane Davet