J'ai beaucoup aimé !!!
Voici une critique parue dans le journal La Presse aujourd'hui:
Kraftwerk au Métropolis: historique!
Philippe Renaud collaboration spéciale, La Presse
Plus personne n'attendait le retour de Kraftwerk à Montréal. Samedi soir dernier, 23 ans après sa dernière prestation au Théâtre Saint-Denis, le groupe culte allemand piloté par Ralf Hütter et Florian Schneider, respectivement âgés de 56 et 57 ans, nous a gratifiés d'une performance éblouissante, généreuse, étrangement radieuse malgré le stoïcisme des musiciens. La preuve que les machines ont du coeur...
Quelle belle soirée! Entassés sur le parterre du Métropolis, nous avons dodeliné pendant 2 h 30 au rythme des nombreux succès du groupe, qui nous bombardait aussi les pupilles d'ingénieuses projections. À l'ouverture des rideaux, Hütter, microphone fixé à l'oreille, se tenait debout sur la gauche, derrière son ordinateur portable. Son ami Schneider complétait l'alignement de quatre musiciens sur la droite. Tous étaient vêtus d'un complet noir, d'une chemise rouge et d'une cravate noire, rappel de la photo de la pochette de l'album The Man Machine.
L'aiguille du trépidomètre était dans le rouge bien avant les sons de vocoder qui annoncèrent le début du concert. Le Métropolis, qui avait mis à la disposition des Allemands tout son arsenal de haut-parleurs (on en avait disposés à l'arrière de la salle), affichait complet depuis plusieurs mois déjà, les fans de tous âges s'étant précipités sur les billets de la même façon qu'ils ont dévalisé le comptoir de chandails à l'ouverture des portes.
Le ballet mécanique de Kraftwerk s'est ouvert sur une version modernisée de Man Machine. L'arrière-scène du Métropolis servait d'écran géant, sur lequel étaient projetés de petits films illustrant à merveille les chansons du groupe, lequel s'est toujours montré friand d'effets visuels.
Après Expo 2000, nous avons dansé sur la version 2003 de Tour de France. Droits comme des piquets, les quatre musiciens n'avaient d'yeux que pour les écrans de leurs ordinateurs. En plein l'image qu'on pouvait se faire d'un spectacle de Kraftwerk, sinon que les projections du groupe étaient renversantes. Limpides, dynamiques, spirituels car astucieux, ces petits films parfaitement synchronisés avec la musique accompagnaient judicieusement les refrains roboratifs de Kraftwerk. Durant Vitamin (extrait du T. de F. Soundracks), une pluie d'immenses capsules colorées tombait sur les musiciens; lorsque le single Tour de France (original) a enchaîné, des films d'archives de cyclistes du Tour accompagnaient nos pas de danse.
Le concert a pris sa vitesse de croisière lorsque les cris du public ont monté d'un cran en entendant résonner le son d'une auto qui démarre. Tous avaient reconnu Autobahn: « Wir fahr'n fahr'n fahr'n auf der Autobahn », a ensuite entonné Hütter alors qu'on projetait la Mercedez et la Volkwagen de la pochette originale.
Extraits de l'album The Man Machine, The Model puis Neon Lights- superbe version au doux tempo remodelé sous l'obsédante mélodie d'origine- nous ont atteint droit aux jambes. Classique par-dessus classique, Kraftwerk a transporté ses fans. Une version percutante et jouissive de Radio-Activity (devenue réquisitoire antinucléaire) aux projections à écorcher les rétines a suivi. Le groupe s'est ensuite plongé dans une relecture de Trans-Europe Express élaborée sur une charpente de rythmes industriels brillamment mise en images par des wagons de trains qui s'entrechoquent.
Hütter et Schneider ont donné un nouveau souffle à leur répertoire sans travestir le cachet des enregistrements qu'on connaît. Tous les rythmes avaient été rafraîchis pour les besoins de cette tournée, donnant aux chansons la pleine énergie qu'elles dégageaient en conservant les sons d'origine. Bien que Kraftwerk soit considéré (à juste titre) comme un pionnier du techno, on oublie trop souvent à quel point ces deux bonshommes sont aussi des mélodistes doués.
Au bout d'environ une heure et demie, on a fermé les rideaux pour annoncer de généreux rappels. Les musiciens avaient changé de cravate: toujours noire, mais avec de petites lumières rouges descendant jusque dans le veston boutonné... Suivirent les tubes des années 80, Numbers, Computer World, It's More Fun to Computer, Home Computer et Pocket Calculator, tous enchaînés dans une séquence particulièrement rythmée et dansante.
Deuxième rideau. À la réouverture, les fameux robots à l'effigie des membres avaient pris place derrière les ordinateurs pour The Robots. Les robots ont alors entrepris une drôle de chorégraphie, ce qui a d'ailleurs fait dire au compositeur Louis Dufort, croisé à ce moment-là: « C'est drôle, les robots bougent plus que les humains! » Bien observé.
Enfin, pour le dernier rappel, les musiciens sont apparus sur scène avec des costumes quadrillés de lumière vert fluo. S'enchaînèrent alors Elektro Kardiogramm, Aéro Dynamik, puis le tube Musique Non Stop. Au bout d'un concert aussi généreux et énergique, tous avaient la profonde conviction d'avoir assisté à un concert marquant, inoubliable... historique. Plusieurs fans ont eu la chance de remercier personnellement Florian Schneider, qui est revenu sur scène une fois les lumières allumées pour serrer des mains et signer des autographes.
