peux pas résister. Son qui craque un peu dommage. Autre titre, ensuite , du set Montpelliérain, filmé par le même fan sans doute.
http://www.youtube.com/watch?v=0\_DJE1bS6ho
Compte-rendu du concert de BJM au Rockstore à Montpellier paru dans Midi Libre le samedi 4 novembre.
BJM : les bâtisseurs de cathédrales soniques
Ceux qui, dans quelques minutes, n’auront d’yeux que pour lui, pour l’instant, ne le voient même pas. Et pourtant, à cette heure (hier, 20 h passées), il est là, Anton Newcombe, juste là, au milieu d’eux, au comptoir du Rockstore, à siroter son antigel. Coincé entre sa drôle de casquette et la fourrure de sa parka, son visage d’ange déchu affiche un air paisible. Visiblement surexcité à l’idée de bientôt admirer The Brian Jonestown Massacre, le public, lui, s’engouffre les yeux fermés dans la salle où l’attend The People's Revolutionary Choir, puissant sextet londonien sous influences My Bloody Valentine et Spiritualized (surtout). Anton Newcombe profite du brouillard électrique invoqué par le gang bruitiste pour se glisser dans la salle jusqu’aux loges. Toujours incognito.
Quand les lumières se rallument, ce n’est plus le cas : la salle (bondée comme un arc) hurle à l’entrée de BJM. Même si d’aucuns se demandent sans doute encore lequel est Newcombe. Non, ce n’est pas le placide guitariste rythmique au centre, c’est le type en noir, crispé, de profil, côté jardin, là où pousse l’herbe bleue ! C’est parti pour près de deux heures d’un concert hors du commun et du temps, hors normes et énorme. Extraordinaire en tous points, même les plus noirs.
Ainsi, chaque morceau est-il suivi d’un silence lourd, dépressif, chargé d’attente et de menace comme un ciel avant la foudre. La tension est aussi palpable à chaque note, entre la scène et la salle (le nerveux gratteux côté court pédale dans la parano la plus âcre), et entre les musiciens.
Plusieurs fois, le concert semble mal barré : Newcombe tance copieusement l’un, puis l’autre de ses guitaristes pour des pains que personne dans la salle n’a relevés. D’aucuns pensent à un sketch un peu glauque, soumission saumâtre à sa légende de caractériel perfectionniste. Mouais ! « On veut faire la meilleure musique possible. Pour nous et pour vous. C’est pour ça qu’on discute », explique Anton Newcombe. Là, d’accord.
La musique, parlons-en, le meilleur, le hors de tout, le au-dessus de tout, se situe là. D’abord, le son, parfait d’imperfection, exsude d’acidité lysergique. En disciple allumé de Spector, Newcombe imposent à ses séides (mention spéciale au batteur qui a tout compris de Keith Moon) sa vision du wall of sound. Un "mur de son", fragile comme la brume d’un songe toxique, solide comme un manifeste rock’n’roll, que le leader tague à chaque fois de solos déglingués, merveilles d’économie et de rusticité.
Dans les plus magiques instants, quand les morceaux albatros déploient leurs ailes de géants (notamment sur Hide & Seek, Here It Comes, ou When Jokers Attack), se profilent, derrière le mille-feuilles de notes carillonnantes, d’hallucinantes cathédrales soniques. A travers le cristal de ces architectures psychédéliques, on perçoit toute la qualité diamantaire de l’écriture mélodique d’Anton Newcombe. Et on y sent que, là, tout au fond, au cœur de la nef la plus délirante, se tapissent, amants diaboliques, son génie et sa folie.
Pure stridence, les cinq dernières minutes du concert nous ramènent si brutalement à la réalité qu’on se demande si en chemin, on n’y a pas un peu perdu l’esprit. A voir...
Jérémy Bernède in Midi Libre – 4 novembre 2006