Paru dans le Monde ce soir :
"Joy Division" : brillant exercice de critique rock cinématographique
LE MONDE | 27.01.09 | 17h53 • Mis à jour le 27.01.09 | 17h53
Jusqu'à maintenant, les documentaires sur le rock se répartissaient entre les biographies - comme celle que Julien Temple a consacrée à Joe Strummer, Joe Strummer, the Future is Unwritten (2007) - et les films de concert - comme le merveilleux Stop Making Sense (1984), de Jonathan Demme, qui mettait en scène le groupe Talking Heads. .Joy Division est d'une autre espèce, un film sur la musique, un brillant exercice de critique rock cinématographique qui explique et situe l'oeuvre succincte (deux albums et une poignée de singles) d'un groupe dont l'influence se fait encore sentir, presque trente ans après le suicide de son chanteur, Ian Curtis.
L'avis du "Monde"
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Le format choisi par Grant Gee (qui a déjà travaillé avec Gorillaz ou Radiohead) est en apparence très classique : vues de Manchester (la ville d'origine du groupe), interviews de témoins, images d'archives, adhésion stricte à la chronologie, de la formation du groupe, en 1976, au plus fort de l'explosion punk, au suicide de Curtis le 18 mai 1980. C'est dans la qualité des entretiens et surtout dans la finesse du montage que Joy Division se singularise.
EXPLIQUER LE PROCESSUS CRÉATIF
Là où Control, le film de fiction d'Anton Corbijn sur le même sujet, sorti en septembre 2007, se préoccupait avant tout du personnage de Ian Curtis, de son épilepsie et de ses tourments amoureux, Joy Division reprend les mêmes éléments pour éclairer et expliquer le processus créatif. Au bout d'une heure et demie, on comprend mieux l'alchimie qui a précipité ensemble de très jeunes gens qui n'avaient pas grand-chose à faire ensemble (aujourd'hui encore, le bassiste Peter Hook reste imperméable à la poésie des textes de Curtis) pour produire une musique à la fois très simple et assez originale pour engendrer plusieurs genres musicaux.
Tous les témoins directs de la trajectoire météorique de Joy Division (les trois musiciens survivants, le fondateur du label Factory, Tony Wilson, depuis mort, le graphiste Peter Saville, qui créa les pochettes des disques Unknown Pleasures et Closer) reviennent sur leur expérience. Le critique Paul Morley, qui couvrait la scène de Manchester pour le New Musical Express, et d'autres contemporains, cinéastes ou plasticiens, revivent aussi ce moment qui remit leur ville sur la carte du monde.
Ces paroles propulsent les images d'archives (qui montrent entre autres que le groupe a profondément changé en trois ans d'existence), illuminent ou questionnent le travail de Joy Division en studio et sur scène, pendant que les déambulations dans Manchester ramènent régulièrement au terreau sur lequel a poussé la poésie funèbre de Curtis et de ses camarades.