Samedi soir, nous étions à Six-Fours dans le Var pour y voir Alain Bashung en concert.
Alors, comment dire ? Nous sommes entrés dans une salle appelée « Espace culturel André Malraux ». L’ambiance était un peu comme si nous nous étions rendus à la fête de fin d’année de l’école primaire du coin. A part quelques « aficionados » de la première heure (ben, dans mon cas, je me suis rappelé que c’est mon père qui bloquait sur Bashung à la fin des années 70) qui auraient pu être mes parents, le public avait quelque chose de très grolandais. Miss Jiphy a grandi dans le Var et chaque fois que nous nous y rendons, j’ai l’impression d’être au Groland (vous savez, le pays où il n’y a que des retraités et des gens spaces). Donc, dans la salle, beaucoup de brassage… Je n’imaginais pas son public comme ça. Pas mal de gens avaient aussi gratté des places grâce au comité des fêtes locales… Ah, la région PACA et les magouilles, de quoi faire passer les Occitans pour des anges… Bon, comme vous le savez, j’ai plutôt un profil Grand Corps Malade. Comme la seule défonce que je supporte est un petit joint (oui, je ne supporte même plus un demi de bière, dope trop violente pour moi), je me suis présenté aux portes avec ma canne et ma carte « bouge de là » ce qui m’a permis d’être au quatrième rang. Je me suis affalé en entendant le début du concert. Dans ce genre de salle, on n’a plus le droit de fumer, alors pensez-y…
Chloé Mons, épouse de monsieur Bashung, a assuré la première partie. Alors là, un conseil. Si vous allez au concert de Bashung, attendez la fin de la première partie pour aller fumer votre joint dehors !!! Nous avons « subi » cette première partie (de quoi regretter la première partie de New Order au zénith de Montpellier) qui, sous l’effet du pétard, a fait partir en sucette les personnes avec qui j’étais allé au concert. Je ne savais plus où me mettre. Le fou-rire d’un de mes amis s’est propagé sur deux/trois rangs…
Après s’être remis et après une courte pause, le concert de Bashung a commencé. Autant le dire tout de suite, c’était mieux que le disque la tournée des grands espaces. Après quelques titres du dernier album, dont le dimanche à Tchernobyl, il a attaqué, niveau tubes, avec la nuit je mens. Le public a commencé à réagir un peu, mais le côté salle des fêtes et intimiste ne prêtait pas aux reprises en cœur des paroles… Là, je dois dire que je suis parti dans un trip assez curieux. En effet, j’ai vécu pendant quelques années en face du Prisunic de Belleville. Rien à voir me direz-vous, sauf qu’à cette époque, monsieur Bashung habitait à côté et que c’était justement à l’époque où allait sortir fantaisie militaire. Je le renvoyais dans la rue, quand je le rencontrais, sans oser l’importuner ou bien quand je le voyais de ma fenêtre ou encore quand je le voyais à sa fenêtre, comme dans le clip de la nuit je mens. Et puis, divers épisodes de ma vie d’antan, style le jour où je me suis rendu compte que la miss Jiphy de l’époque me mentait, la nuit, dans un train qui traversait la Pologne (pays de la plaine en langues slaves)… Ca y est, j’étais barré… Ajoutez à ça fantaisie militaire à la suite ou comment, pendant mon service militaire, je me suis retrouvé un soldat sans joie quand une miss Jiphy précédente s’était fait boire l’eau du nénuphar par un connard alors que je chantais la Montagne dans ma caserne de chasseurs-alpins, enfin là où subsistait encore son écho… Suite à ça, je m’étais retrouvé à Belleville où je louais un appart en colocation avec un ami de régiment… Ca ne s’invente pas. Bref, vous voyez, cet album, c’était vraiment l’album de ma vie à l’époque. J’étais à Belleville avec tous mes avatars et au même moment, Bashung composait cet album à quelques immeubles de là. Mais samedi soir, j’étais bien à Six-Fours, et Bashung, qui lorgnait dans mon coin me donnait l’impression de me dire : « tu te souviens de Belleville, Jiphy ? » Le concert a pris un aspect encore plus intime, du moins pour moi, lorsqu’il s’est saisi d’une guitare et qu’ils ont entamé pyromane. Un autre morceaux puis alcaline, deuxième extrait de novice, mon album préféré (à défaut d’être fantaisie militaire pour les raisons expliquées plus haut). En effet, Colin Newman (Wire) a participé à l’enregistrement de ce disque. Une collaboration plus fructueuse que celle de Barney et de Marr à mes oreilles. Il fallait bien être scotché à son siège. Après ça, j’envisage et scènes de manager. Je n’en pouvais plus. Après ces deux titres, il nous a expliqué que le concert serait placé sous le signe des collaborations et des influences. J’ai compris que s’il avait parlé de Colin Newman, cela n’aurait pas parlé aux Grolandais qui faisaient plus de la moitié du public. Par contre, il évoqua Gainsbourg et en hommage, requiem pour un con. Médusé. Par la suite, le concert est devenu un peu plus conventionnel, avec ma petite entreprise. S’en sont suivi des titres plus connus. Un intermède musical d’un certain Méliès – un titre seulement. Retour de Bashung. Encore un florilège de titres attendus. Ca ressemblait plutôt à : le meilleur de l’imprudence et de chatterton avec quelques titres choisis de ses albums précédents mais plus rien d’avant novice mis à part l’incontournable vertige de l’amour. Des reprises ? Night in white satins, un morceau de Johnny Cash (avec Chloé Mons et Méliès) et, spéciale dédicace à Jean-Noël, le titre le plus connu de Gérard Manset dont j’ai oublié le titre, mais qui est vraiment le plus connu.
Enfin bref, on a dû en avoir pour bien deux heures… J’ai été conquis par le choix des titres. J’aurais bien aimé des classiques comme j’passe pour une caravane, rebel ou volontaire, mais les quatre titres extraits de novice et play blessures avaient été une telle surprise que je n’avais rien à redire.
C’était intime. C’était vraiment agréable (si on fait abstraction de la première partie).
Il passe bientôt à Béziers et je me demande si je ne vais pas y aller s’il reste des places. Je pense que l’expérience vaut mieux qu’une tournée de promotion d’album dans un Zénith.
Je jette un œil sur la tournée des grands espaces. N’ont pas été joué (titres dont je suis sûr) : faîtes monter, sommes-nous, aucun express, mes prisons (dur qu’il n’ait pas joué ces deux-là) et tout ce qu’il y a après fantaisie militaire jusqu’à la fin du disque I. Et pour le disque II : j’passe pour une caravane, les grands voyageurs, 2043, faisons envie et cantiques des cantiques, Martine boude, angora et bijou bijou.
Le reste y est avec tous les titres dont je vous ai parlé.