Source : voila.fr
Mondial: les politiques veulent profiter de l'euphorie "bleue"2006-07-06 18:41:02PARIS (AFP)
Les politiques veulent profiter de l'euphorie qui accompagne le succès des Bleus au Mondial, s'affichant à l'unisson de la ferveur populaire et tirant à leur manière des leçons du parcours de l'équipe de France, huit ans après la victoire historique de 1998.
Les principaux responsables n'ont pas manqué de montrer leur attachement à la "bande à Zizou" et à une compétition qui passionne les foules, prodiguant pronostics et éloges et se montrant à l'occasion dans les tribunes des stades.
Dominique de Villepin assistait ainsi mercredi soir à Munich, écharpe tricolore au cou, à la victoire des Bleus face au Portugal. "On a tremblé, mais c'est une équipe qui a la grâce, c'est une équipe qui va aller jusqu'au bout parce qu'elle est soutenue par tout un peuple, par tout un pays", a commenté ensuite le Premier ministre.
Quant à Jacques Chirac, qui avait exprimé au début de la Coupe du monde son "respect" et son "admiration" à une équipe alors très critiquée, il était dans les tribunes pour le match Brésil-France à Francfort, et se rendra dimanche à Berlin pour la finale face à l'Italie.
Certains se risquent à des comparaisons. Pour Jack Lang, candidat à l'investiture socialiste à la présidentielle, le parcours des Bleus montre que "l'expérience compte" et que "l'histoire n'est jamais écrite à l'avance". "Pour réussir, on a toujours intérêt à jouer collectif", a observé le président de l'Assemblée Jean-Louis Debré (UMP).
Cet empressement des politiques est "dans la droite ligne" de l'épopée des Bleus en 1998, explique Frédéric Dabi de l'Ifop, rappelant la "très forte incidence" de la victoire de la France en Coupe du monde sur les cotes de satisfaction de Jacques Chirac et Lionel Jospin.
Entre juin et juillet 1998, en pleine cohabitation, le chef de l'Etat avait connu une progression de 11 points (de 48 à 59%), et le Premier ministre de 7 points (de 52 à 59%).
"Le Mondial peut regonfler des cotes de popularité, redonner le moral et mettre de côté l'inquiétude sociale", analyse M. Dabi, observant qu'"on n'avait pas eu ces scènes de joie en France depuis très longtemps".
Il souligne cependant que "l'état de l'opinion est beaucoup plus sombre qu'en 1998, avec une angoisse structurelle des Français pour leur avenir".
Selon M. Dabi, une victoire de la France pourrait temporairement être "une sorte de couvercle sur la succession de crises que le pays connaît depuis un an", du non au référendum constitutionnel à l'affaire Clearstream en passant par la crise des banlieues et le CPE.
"Ces crises très différentes traduisent toutes la perte de confiance des électeurs dans leurs représentants", dit-il.
"L'effet Mondial, c'est d'abord un bol d'air", insiste Jean-Daniel Lévy du CSA. "Une victoire de la France peut redonner confiance à la société française dans sa capacité à vivre ensemble, à exprimer des émotions collectives et à réussir alors qu'elle a le sentiment d'échouer face à la mondialisation".
Dans ce contexte, les politiques "veulent montrer qu'ils participent à un événement populaire et qu'ils partagent les mêmes émotions que leurs concitoyens", note-t-il.
Mais, soulignent les observateurs, le précédent de 1998 devrait "inciter à la prudence". "Le soufflé +black-blanc-beur+ est retombé", juge M. Lévy, citant l'accession du leader FN Jean-Marie Le Pen au second tour de la présidentielle et les violences urbaines de l'automne 2005.