Marie Gauthier, une de mes amies, peut-être la connaissez-vous déjà pour l'avoir visitée là : elle-surlalune
Mais l'avez-vous lue vraiment ? Certains "oui, un peu...", d'autres "pas le temps...". Alors aujourd'hui, je vous y invite, à l'occasion de la publication de son livre La montagne de mots, dont un extrait est disponible ici (site de l'éditeur où on peut aussi le commander) :
La montagne de mots - Marie Gauthier
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Un livre que je définirais comme la biographie romancée d'une femme à l'honneur bafoué. La quatrième de couverture le dit :
"Une femme qui regarde sa vie.
Une vie détruite par "ça", une
violence qui l'amènera à se
reconstruire.
Une vision intime du désarroi et
de la solitude."
Sa Montagne de mots, Marie l'attaque par la face nord, pour transcender les douleurs plantées dans sa chair comme autant de vis à glace dans la falaise, paroi devant et gouffre derrière. Courageusement, Marie pose ses mots comme des pitons qu'elle a elle-même forgés. Elle grimpe et, en une surprenante combinaison de termes juxtaposés, étirés, transformés, fusionnés, ouvre une voie inouïe, en première de cordée.
Il faut de solides crampons pour la suivre dans cette ascension qui n'hésite pas à emprunter d'audacieux raccourcis : de virgules en exclamations (Céline n'est pas loin !), la syntaxe explose à la dynamite, celle utilisée pour prévenir des avalanches, salvatrice plutôt que destructrice mais qui n'épargne au lecteur ni éboulis, ni vertige assourdissant.
Un brin farceuse, Marie s'amuse à faire balancer toute la cordée, allant même, de temps en temps, jusqu'à dévisser volontairement, pour voir l'effet que ça fait, et rire sous nos yeux médusés. On croit l'avoir perdue de vue mais non, elle est déjà remontée !... En réalité, elle manie avec brio une capacité à se dédoubler. D'une phrase à l'autre, elle se démultiplie, puis retrouve son unité, sa sérénité "en somme". Alors elle reprend son ascension, à coups de piolet rageurs, déterminée à gagner le surplomb où elle pourra un peu se reposer. De là, contempler le monde, malgré le sérac qui, à tout moment, menace de s'effondrer sous ses pieds. Car on peut avoir baudrier, force sangles et mousquetons, c'est la montagne qui décidera du retour dans la plaine ou non...
Sur les hauteurs, Marie étouffe de l'oxygène raréfié. Elle invite la cordée à redescendre mais la paroi est toujours aussi abrupte. Elle a besoin de se calmer : un cachet, puis deux, puis trop... Menace d'avalanche à nouveau... gare à l'engloutissement ! Mais Marie retrouve ses pitons : sa mémoire guide sa main et son esprit vers ces points d'assurage que sont ses précieux souvenirs. Alors elle décide de changer de chemin. Par l'écriture, elle trouve sa via ferrata.
La voilà de retour au paisible chalet. Tout en bas réunis, on l'écoute nous conter ce qu'elle ne veut surtout pas être lu comme un exploit. De temps à autre, son regard se perd au-delà de la fenêtre, vers la cime dont l'ombre ne la découvrira jamais tout à fait. Puis Marie retourne à l'âtre et, pensive, agite son tisonnier, se remémorant Verlaine :
"Dans l'interminable
Ennui de la plaine
La neige incertaine
Luit comme du sable."