Je me lance.
Nous sommes donc arrivés à la Dune à l’heure convenue. J’ai voulu tout naturellement garer la Jiphymobile sur le parking de l’établissement. Je m’étais quelque peu fourvoyé. Au moment où je me demandai où j’allais pouvoir laisser ma Substance 1987 au milieu de rutilantes autos de sport italiennes et allemandes, un gars m’a sauté dessus pour me dire que c’était le « parking VIP de la Dune » et qu’il fallait que je lui laisse les clefs de l’auto pour aller la garer à deux mètres. Gentille attention, mais je préfère payer un resto à miss Jiphy que de laisser quelqu’un garer mon auto à deux mètres. Bref, marche arrière, qu’est-ce que c’est que ce plan ? Toutes ces belles autos pouvaient laisser croire que l’établissement serait blindé de gens généreux pouvant nous payer, en toute amitié, une semaine sur un yacht au large de Malte. Marche arrière donc. Et me voilà bloqué par deux limousines américaines (vous savez, le genre de voitures qui nécessitent vingt mètres pour faire un créneau avec) qui squattent la route. Là, je me demande quelle définition ils donnent au mot VIP dans cette boite. Et puis, le Peter Hook, c’est quoi ces manières ? Alors voilà, on a été bassiste de Joy Division et on se la joue star américaine en 2007 ? Bref, on trace, on va se garer dans un parking normal. Sur le chemin de la boite, je repense à toutes ces ostentations de richesse. Où allons-nous ? Est-ce que Jean-Noël est déjà sur place ? C’est justement à ce moment qu’il m’appelle. « On est devant, vous êtes où ? » On arrive.
Quelques lignes pour vous raconter l’effet que cela fait de voir un nouleur pour de vrai après deux ans de messages laissés sur ces forums ? En ce qui me concerne, c’était la première fois. En plus, vous le savez, Jean-Noël n’est pas seulement un nouleur, c’est aussi le chanteur des Passagers qui a fait le Rockstore de Montpellier – pas comme Peter Hook qui a dû annuler son concert de Revenge au même endroit. Nous voilà à faire connaissance. Jean-Noël était accompagné de son épouse ainsi que d’un couple d’amis. Bon, c’est comme quand on fait connaissance, on a toujours l’impression de marcher un peu sur des œufs. Mais j’ai senti tout de suite chez le p’tit gars (cf. photos) qu’on n’était pas là par hasard. On allait voir Peter Hook de New Order et, je ne sais pas si c’est neworderonline qui donne cette impression, mais il y avait déjà une connivence qui s’imposait de facto. On était comme deux nouleurs qui étaient accompagnés par quatre autres personnes qui venaient pour nous faire plaisir, partager un moment qui allait faire plaisir à un proche. J’ai cru comprendre que certaines de vos compagnes regardent les séries américaines du genre Experts. Ben voilà, c’est un peu comme si elles se retrouvaient parce qu’elles avaient appris, par le biais de lesexpertsenligne que tel ou tel acteur allait faire une animation au Mammouth du coin. Vous iriez, puis, vous la verriez faire connaissance pour de vrai avec une autre accroc du site et foncer dans la grande surface où le rouquin des Experts Miami fait une intervention sur les gants en latex, allée 26, 14 heurs 45. Vous la suivriez en compagnie de gens qui « accompagnent »… Et si en plus ils sont sympathiques comme les amis de Jean-Noël et Bérengère, tím líp ! (« c’est encore mieux » en tchèque)… Au fait, Jean-Noël. Si Victor Lanoux fait un set brocante au vide-grenier de Nîmes, je viens.
Bien, revenons à ce qui nous intéresse. Je n’étais pas allé dans une boite de piches depuis des années. De plus, jamais été VIP. Nous voilà entrepris par une hôtesse (du genre blonde décolorée évidemment) équipée d’un porte-documents avec la précieuse liste des précieuses personnalités et de tout un système hi-fi pour pouvoir communiquer au reste de l’équipe. Jean-Noël dit je ne sais quoi à notre hôtesse qui va jusqu’à croire que nous sommes des vrais amis de Peter Hook, rien que ça… comme quoi, pas besoin de pigments naturels pour être blonde… On passe à la caisse, les portes de la Dune vont s’ouvrir, on y est enfin (c’est plus facile d’entrer dans ma banque…) On est pris en charge par un gars équipé d’une oreillette – à l’instar d’un Delarue, et qui nous mène à notre table VIP. S’en suivent la vodka estampillée « fans » (comme quoi, on n’a pas laissé indifférent) et ses accessoires, verres, glaçons, jus… qu’il renouvellera à de multiples reprises, sans doute prévenu par un gars derrière une caméra. Numéro 6, amenez glaçons et jus de pomme aux « fans ». La musique est forte. Je sens que je vais avoir les oreilles décalquées. Arrivés à onze heures et demi, Peter Hook n’est prévu qu’à une heure et demie. Avec les Watts, dur de faire la conversation pour faire plus ample connaissance. Je m’empreigne de l’endroit. Je cherche du regard quelles peuvent être les personnes qui possèdent les autos garées sur le parking. Beaucoup de jeunes gens lookés qui n’ont pas le type et l’âge pour posséder ces bolides, y aurait-il un autre espace dans cette boite ? Nous avons deux heures pour observer l’endroit se remplir. Beaucoup de jeunes hommes au look identique (je pensais au morceau techno d’un copain de Laurent Garnier : be yourself, comme tout le monde). Des jeunes filles, des bimbos aussi. Musique techno à fond, fumigènes, des robots un peu partout entremêlés à d’autres dansant plus classique, plus disco. Ca commençait à être bien chaud. Certaines, désinhibées par l’alcool ou je ne sais quoi d’autre, dansaient de façon lascive. Parades techno-nuptiales, les intéressés se rapprochaient. C’est là qu’on se rend compte qu’on prend de l’âge… … et encore. La gloire a tourné court pour ces starlettes. Voilà pas qu’arrivèrent les pros, les gogo-danseurs. La totale… Et j’ai compris ce que voulait dire VIP. Je crois qu’il y avait trois danseuses. Assis où je l’étais, je n’en voyais qu’une, partiellement. En fait, je la voyais en contre-plongée des pieds à l’entrejambe. Tout ça à une distance que le commun des gens ne pouvait accéder. Les videurs veillaient à ce que l’on ne touche pas à la marchandise. Moi, VIP, j’avais, selon les mouvements de la danseuse, le privilège d’être ventilé par l’objet de l’admiration de jeunes hommes qui, verre après verre, semblaient de plus en plus en rut… La classe VIP, quoi… La lassitude de l’attente commençait à peser. Monsieur Hook se faisait attendre. A se demander s’il ne venait pas d’Arles. Je regardais Véronique, l’amie de Jean-Noël. Je spéculais sur ses pensées : « C’est ici que j’accompagne mes mômes ? » Bérengère dansait, Christel aussi (vous la connaissez sous le pseudo de miss Jiphy), Jean-Noël vaquait. Son ami avait les yeux braqués sur la porte d’entrée. Mais où était donc monsieur Hook ?
Je l’ai vu entrer, aussi indolent que l’idée que je me fais de lui. Jean-Noël s’est animé, Bérengère prit l’appareil photo, ils avaient tout prévu… Il s’est pointé dans « la cabine DJ », a tâté un peu le terrain, puis est allé faire un tour dans la salle. J’ai vu qu’il était derrière nous, déjà harponné par un acteur de la scène rock locale et par notre ami anonyme du Gard. Jean-Noël y est allé, Bérengère lui emboîta le pas, prête à mitrailler. Au bout d’un moment et sous le lobbying constant de miss Jiphy, j’y suis allé aussi. Il m’a donné l’impression d’un petit bouddha. Très abordable, pas de grosse tête, la parole facile et une belle voix. Ceci dit, je préfère Barney comme chanteur, mais il n’en reste pas moins que Peter Hook a une belle voix quand il parle. Le côté petit bouddha ? C’est quand il a les bras croisés. Vous dites un truc qui ne nécessite pas de réponse particulière et il vous regarde en souriant tout en vous faisant un pouce levé, style « tu l’as dit » d’un air complice.
Bon, et il est arrivé le moment où le monsieur a pris les commandes des platines. Après avoir vu Hooky faire la gueule à Barney qui lui faisait la gueule au Zénith de Montpellier, après avoir vu Hooky à l’Olympia « c’soir ça passe en direct sur France Inter », je le voyais maintenant DJ, à la Grande-Motte – notez la belle performance pour une petite ville de province française… A Marseille et à Toulouse, ils attendent toujours…
Pour les connaisseurs, le set a commencé par la musique de it’s quiet, du moins, si mes souvenirs sont bons, le dernier morceau d’un des deux cd de one true passion v2.0 Après, il a mis des morceaux beaucoup plus énergiques. Evidemment, il y a eu du remix de New Order. Alex a parlé de BLT, il y a aussi eu Blue Monday, WFTSC joué tellement rapidement que le chant de Barney semblait être celui d’un personnage hystérique de dessins animés japonais, confusion, temptation. Bon, à part certains morceaux facilement identifiables, il a fallu faire preuve de pas mal d’effort pour retrouver les originaux, de New Order, d’autres. Le tout était enrobé d’un nappage Hooky. Je suis arrivé à retrouver how soon is now ? uniquement grâce au paroles. A ce petit jeu, je suis sûr que in a noisy place se serait régalé.
Peut-être vous demandez-vous si tout le public était médusé ? Bon, Peter Hook a commencé à jouer relativement tard. Les starlettes dont je vous avais parlées étaient déjà parties, une bonne partie de la jeunesse aussi. Au début du set, on avait l’impression qu’il y avait toujours autant de monde. Il y avait eu comme un mouvement sur la piste. La place laissée vacante fut prise par ceux qui n’étaient venus que pour Hook. Et les danseuses ? Elles sont venues renouveler l’air une paire de fois. C’est sans doute le moment qui restera le plus pénible dans mes souvenirs. Un quart de jeune femme qui se trémoussait en premier plan, des mecs totalement et vicieusement médusés qui, alcool aidant, avaient du mal à tenir leurs mains en place, troisième plan, les gens qui dansent, dernier plan, le DJ. Une cuisse, le regard lubrique d’un amateur de danse, les gens qui s’amusent et le bassiste de Joy Division… Sans être intégriste comme un Taliban, il y avait comme un léger malaise. Les pros ont fini par se rhabiller. Je ne vous cacherai pas que cela a sérieusement vidé la piste.
Vue totalement dégagée sur la piste. La moyenne d’âge était plutôt celle du nouleur moyen. En fait, il ne restait plus que ceux qui n’étaient pas là par hasard et qui ne seront sûrement pas à la Dune la semaine prochaine. Jean-Noël et Bérengère nous ont quittés. Je regardais Hook, parfois, il jetait un œil sur miss Jiphy qui dansait devant lui. Je peux vous dire qu’elle ne l’appellera plus jamais Peter Cook depuis que je lui ai dit ça. Mais ne croyez pas qu’il n’a fait que ça… Il a regardé un peu partout autour de lui, évidemment. D’ailleurs, il a aussi lorgné du côté d’Alex. Je pense que tu es démasquée. Tu dois faire face à l’intuition féminine de Christel et de Bérengère alliée au fait que tu étais (de toutes les têtes que je connaissais de mes jeunes années), la seule que je ne connaissais pas…
Voilà, voilà. On est parti alors que le noir de la nuit tirait au bleu. Jean-Noël est parti à l’Est, il a vu le soleil levant, nous à l’Ouest, une lune pleine et rousse qui se noyait dans les flots.

